Football (Ligue 1, 36e journée) : Angers / Bordeaux (4-1) : Pathétiques à pleurer...


08 mai 2022

Nouveau carnage et nouvelle désillusion pour des Girondins transparents qui, fidèles à eux-mêmes, ont relancé leurs hôtes, pourtant guère plus fringants qu'eux et qui n'avaient jamais marqué 4 buts cette saison. Tandis que le SCO a quasiment assuré son maintien, la descente en Ligue 2 est consommée à 90% pour un groupe en perdition qui a cédé d'entrée sur une énorme erreur défensive, puis sur un coup de pied arrêté une énième fois, avant de compléter la panoplie des horreurs par un autogoal de Guilavogui 3 minutes après la réduction du score de Mara (60e). N'en jetez plus, le bal est terminé. Les Girondins seront définitivement fixés sur leur sort ce mercredi soir après Nice / St Etienne. Mais la copie accablante rendue en Anjou montre déjà qu'ils n'ont plus rien à voir avec la Ligue 1, mentalement et techniquement parlant. Cruel point final à une décrépitude et une perte d'identité d'un monument du football hexagonal, étalées sur plusieurs saisons, mais dont l'issue était courue d'avance. Reste désormais à en tirer les conclusions qui s'imposent, et peut-être, à en retrouver les fossoyeurs. Même si cela ne suffira pas à estomper le désastre.

Il paraît qu'ils étaient venus gonflés à bloc pour jouer leur dernière carte et y croyaient encore, à l'image de Niang qui affirmait récemment ne pas avoir de craintes particulières sur l'issue de cette saison pour le moins "atypique". Il paraît qu'ils étaient prêts à tout donner, dans un match encore capital pour eux, comme Metz avait su le faire deux heures avant eux contre l'ogre lyonnais par un but de Boulaya tout au bout du temps additionnel laissant la dernière place aux Marine et Blanc - au moins les Lorrains auront-ils épinglé un supposé "grand" du championnat cette saison à leur maigre tableau de chasse, ce que Bordeaux n'a même pas fait une seule fois cette année - pour remettre la pression sur les Verts qui ne joueront que ce mercredi à Nice. Il parâit que rien n'était perdu mathématiquement et qu'on avait déjà assisté à des miracles en Ligue 1. Un peu comme celui réalisé par Toulouse à...Angers un soir de mai 2016 (victoire 3-2 synonyme de maintien) sous la houlette d'un certain...Pascal Dupraz, ou plus récemment celui du FC Nantes, miraculé l'an passé à la faveur d'un barrage contre Toulouse justement, et vainqueur de la Coupe de France moins d'un an plus tard (ce qui s'appelle : retenir la leçon, ou ne pas tendre l'autre, joue, comme vous voudrez). Il paraît qu'ils allaient enfin joindre les actes aux paroles, que le club n'envisageait aucunement la Ligue 2 (dixit Thomas Jacquemier fin janvier après la clôture du mercato, défense de rire...) et que le recrutement effectué était beaucoup plus judicieux, équilibré et prometteur que celui de l'été, réalisé dans l'urgence par nécessité...

Comme un château de cartes

Tous ces discours de façade et ces promesses oiseuses mâtinées de langue de bois se seront effondrés aussi vite qu'un château de cartes (et ce n'était pas celui qui surplombe la Maine à Angers) et n'auront pas résisté plus de cinq minutes en ce dimanche ensoleillé et chaud au stade Raymond Kopa. Juste le temps pour le SCO, sur sa seconde attaque sérieuse, de se retrouver inexplicablement en position de supériorité numérique sans la moindre couverture défensive girondine, à la suite d'un authentique numéro de cirque concrétisé par une effarante collision entre Mangas et Guilavogui que l'on ne voit qu'au bêtisier du sport, d'une mauvaise inspiration d'Ahmedhodzic (qui n'est plus que l'ombre du défenseur sobre, combatif et intraitable qu'il fut sur les 3 ou 4 premiers matches suivant son arrivée en Gironde, le jeune bosnien s'étant hélas mis au "diapason" de l'équipe, si l'on ose écrire) et d'une sortie à retardement de Costil, et les espoirs de victoire girondins se sont retrouvés éparpillés façon puzzle dans l'azur angevin. Manceau, qui comme son nom ne l'indique pas, n'est pas du Mans mais d'Angers depuis toujours (il y est même né), lançait Pereira-Lage côté droit qui n'avait plus qu'à décaler Cho, totalement libre sur une aile gauche dont Mensah, promu taulier de service - et de fortune - pour l'occasion, n'avait même pas eu le temps de mesurer la magnitude, le minot angevin de 18 ans glissant calmement le ballon dans le but grand ouvert (1-0, 5e). Le genre de but qu'on marque dans les premières secondes de l'entraînement du mardi soir dans une opposition à sept contre sept quand le coach est encore aux vestiaires à distribuer les chasubles et que les muscles sont encore gourds de la journée de labeur ou des impacts du match du dimanche, mais pas communément en Ligue 1...sauf, peut-être, lorsque l'on affronte la pire défense d'Europe et qu'on le sait bien. Le ton était donné, le SCO n'avait pas l'intention de laisser les Girondins espérer trop longtemps et le clean-sheet prorogeait son statut de mot tabou - ou incongru - une semaine de plus. Dans la foulée, Fulgini enrhumait Marcelo pour délivrer un centre sur Bahoken que Guilavogui revenu fort à propos repoussait comme il le pouvait (9e). Pourtant, la réplique girondine - la seule de l'après-midi digne de ce nom - allait suivre quand Fransergio (utilisé seulement 8 minutes sur les 6 derniers matches par Guion et on préfère vous dire que cela s'est vite vu...) se fendait de sa seule bonne inspiration du match sous la forme d'une transversale plus ou moins volontaire côté droit pour Mensah lancé à toute vapeur dont le centre instantané sans contrôle trouvait le plat du pied droit d'Oudin à 15 mètres...puis celui du gardien Mandrea auteur d'un arrêt-réflexe de handballeur  (11e). Une action à une touche de balle si belle et si rare dans le jeu des Girondins cette année qu'on aurait presque donné sa chemise pour revoir - avec délectation - au ralenti une dizaine de fois cette action "collector", avec la nostalgie de circonstance. Manque de pot, la "tribune de presse" du stade Kopa, qui par sa visibilité très vintage et son exiguité légendaire, a déjà du mal à accueillir dix journalistes sans leur matériel, ne risquait pas d'être équipée des écrans de contrôle qui auraient permis ce luxe...C'est ensuite Bahoken, sur un ballon perdu par Marcelo dans le rond central, qui tentait un lob improbable de 50 mètres sans cadrer (13e). Puis sur un corner mal repoussé, Bentaleb récupérait et faisait briller Costil qui repoussait en corner (26e). Le SCO laissait sciemment la possession de balle à son hôte, mais donnait nettement l'impression de pouvoir se montrer dangereux à chaque contre. Pratiquement inexistant aux avant-postes par la faute d'un milieu de terrain liquéfié qui ne tenait pas un ballon, Bordeaux  s'en remettait aux longs ballons envoyés vers l'avant à la grâce de Dieu par ses défenseurs qui sautaient les lignes le plus souvent. C'est sur l'un d'entre eux que Mensah trouvait Niang à l'angle des 5,50 mètres mais la frappe de mule en pivot du Sénégalais se perdait dans les nuages (34e). La chance de Bordeaux venait de passer car une nouvelle erreur défensive, sous la forme d'une faute totalement inutile d'Ahmedhodzic côté droit de l'attaque angevine valait un coup-franc aux Scoïstes.  La frappe enroulée de Fulgini, en forme de corner ouvert, trouvait la tête de Baptista Mendy, seul joueur à être en mouvement et à avoir sauté pour marquer son premier but en L1, devant des Girondins dépassés et amorphes, transformés en statues de sel scotchées au gazon, qui concédaient un énième but sur coup de pied arrêté, un autre grand classique de la présente saison (2-0, 36e). Sans réaction et comme résignés, ils donnaient juste l'impression en ce premier acte de donner le change, mais ils pêchaient une nouvelle fois dans la justesse technique, notamment dans la dernière passe, où Dilrosun, pas plus que Niang ou Oudin, ne parvenait à prendre le dessus, avec un déchet rédhibitoire à ce niveau. A la mi-temps, compte tenu du rythme et du niveau de jeu proposé malgré une possession de balle très majoritaire, on se demandait comment les Girondins seraient en mesure de remonter ce handicap face à une équipe dont la fluidité dans le jeu et la confiance ne cessaient d'augmenter.

Bordeaux y croit...trois minutes

Le second acte commençait par une faute aussi grossière qu'inutile de Guilavogui sur Bahoken dans le rond central, logiquement assortie d'un carton jaune pour le capitaine bordelais, premier d'une longue série en seconde période (5 pour les bordelais, un pour les angevins), M. Millot, bienveillant jusque là, ayant subitement décidé de sortir la sulfateuse. Et si Bordeaux se rendait encore plus maître du ballon qu'avant les citrons, son impuissance offensive allait de pair avec cette tendance. A l'image de ce très bon centre de Mangas repris au premier poteau, mais hors du cadre, par Niang, seul à 5 mètres, qui ajoutait l'étourderie à son insigne maladresse puisque, comme sur son occasion de la 1ere période, il était en position de hors-jeu (54e)...Après un nouveau carton pour Ahmedhodzic qui résumait à lui seul la prestation du bosnien sur cette rencontre (56e), Guion commençait son coaching (bien assez tard) et comme à Lyon ou face à St Etienne (où il avait été aligné titulaire), Sekou Mara ne tardait pas à jouer de nouveau le rôle du petit cheval dans le mauvais temps, comme aurait chanté Brassens :"Qu'il avait donc du courage (...) tous derrière et lui devant". Le corner de la gauche de Dilrosun trouvait le jeune attaquant inexplicablement oublié par la défense angevine, dont la reprise de la tête fusillait Mandrea (2-1, 60e). Le chien qu'on croyait mort recommencerait-il à bouger ? Que nenni. L'espoir allait être de très courte durée. Il manquait une infâmie au tableau du jour, elle allait arriver avec cette certitude implacable qui colle aux basques de ceux que la scoumoune poursuit comme la vérole sur le bas clergé. Bordeaux avait beau être repassé à quatre derrière depuis quelques instants, les errances persistaient avec une consternante linéarité. Il suffisait de cet énième débordement angevin - de Mendy cette fois - sur un flanc droit bordelais où aucune des options tentées par Petkovic puis Guion cette saison (Lacoux, Kwateng, Mensah, Pembélé...) n'aura réussi à faire oublier l'indispensable Sabaly, jamais qualitativement remplacé à ce poste (on est loin de l'époque bénie mais nostalgique des monumentaux Chalmé ou Mariano) pour que les Girondins se fendent de leur cadeau hebdomadaire. Servi par Mendy donc, Cho adressait un centre anodin au cordeau que Guilavogui, peut-être sous la pression de Bahoken, poussait lentement...dans son propre but, le recours à la VAR pour un éventuel hors-jeu angevin ne suffisant pas à masquer le dérisoire de la situation (3-1, 63e). Dès lors, il ne restait plus qu'à compter les moutons - ou les chèvres peut-être, en l'occurrence, voire le nombre de positions de hors-jeu de Niang sur ce match, histoire de tuer le temps - et les minutes à jouer avant que prenne fin ce calvaire, les Angevins terminant en roue libre. Mangani, juste après son entrée, croisait sa frappe à ras de terre qui manquait le cadre de quelques centimètres, sur une remise de Bahoken (74e). Puis Benoît Costil retardait l'échéance en sauvant deux fois sur la même action, devant Fulgini d'abord, bien démarqué par la feinte de Mangani, puis sur la reprise à 20 mètres au ras du poteau de Bentaleb (81e). Mandrea faisait acte de présence en repoussant des deux pioings, par sécurité, une frappe inoffensive de Dilrosun (84e). Fransergio complétait la distribution des prix par un carton jaune inutile au centre du terrain (89e), et le SCO, comme à la parade, clôturait la récréation, tout le monde participant à la fête, y compris l'inusable capitaine Traoré (36 ans), venu s'encanailler aux avant-postes comme au bon vieux temps, dont le centre au cordeau était repris à bout portant de l'extérieur du pied droit par Pereira-Lage, au milieu d'une défense girondine aux allures de Place des Quinconces à 3 heures du matin (4-1, 90e).

Angers à la fête

La fondation girondine, qui aura plus souvent basculé vers celle de l'abbé Pierre cette saison (pour venir en aide aux déshérités de la Ligue 1) que vers celle dont leur maillot porte le nom (mais il ne faut pas toujours croire tout ce qu'on lit...) offrait au SCO - privé pourtant de quatre joueurs essentiels dont son fer de lance Boufal -  la quasi-certitude d'un maintien en Ligue 1 (il ne lui manque plus qu'un point, peut-être) et l'occasion d'un feu d'artifice à 4 pétards qu'il n'avait plus connu depuis la saison dernière à Nîmes (victoire 5-1 aux Costières le 8 novembre 2020), c'est dire l'ampleur de l'exploit... Quant aux Girondins, dont les 400 stoïques supporters venus en Anjou les soutenir avaient rangé drapeaux et encouragements depuis belle lurette, il leur restera à attendre avec philosophie le verdict qui viendra de Nice ce mercredi. Ils sauront alors s'il leur reste oui ou non à expédier les formalités sur les deux derniers matches contre Lorient au Matmut (où l'accueil des supporters risque d'être nettement plus "coloré" que celui de ce dimanche à Raymond Kopa) puis à Brest où ils seront au moins assurés d'une chose, c'est de ne prendre ni le tonnerre, ni la foudre, l'un et l'autre étant tombés depuis longtemps déjà sur le château du Haillan. Avec à la clé, un an à peine après l'accident industriel que l'on sait, une deuxième lame pire encore, sous la forme d'une première relégation sportive depuis 62 ans, séisme patiemment provoqué par des propriétaires dont on aura trop tardé à comprendre que la compétence sportive et la fibre girondine n'égaleraient jamais la surface financière. Espérons seulement que le club parvienne à s'en relever, en Ligue 2 si possible, ce qui serait déjà un moindre mal. Et tandis qu'en ce dimanche soir, Bordeaux s'affiche fièrement sur la carte météo comme le lieu de la plus haute température de France, son équipe de football, au même moment, s'affiche comme celle qui détient - et détiendra sans doute jusqu'à la fin de la saison - la pire défense d'Europe, avec désormais 89 buts concédés. On ne peut pas tout avoir... 

[Christophe Monzie, à Angers - Photos C.M.]

Réaction de Stéphane BAHOKEN, attaquant du SCO Angers, au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct du stade Raymond Kopa à Angers aux côtés de Laurent Brun.

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Réaction de David GUION, l'entraîneur du FC Girondins de Bordeaux.

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Réaction de Souleyman DOUMBIA, défenseur latéral gauche du SCO Angers.

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Réaction de Benoît COSTIL, gardien de but du FC Girondins de Bordeaux.

Angers Football Girondins de Bordeaux (08 Mai 2022) Benoît COSTIL, Gardien de but FCGB.jpg (229 KB)

Réaction de Gérald BATICLE, l'entraîneur du SCO Angers.

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