Interview | « J'ai vraiment pris conscience à quel point certaines choses étaient sacrées » - à Pessac, Georgio retrouve pour la première fois du public debout et y défend son nouvel album 


16 juillet 2021

Georgio était il y a quelques jours sur la scène des Vibrations Urbaines à Pessac. Un concert particulier pour l'artiste qui vient de sortir "Sacré", son tout nouvel album, frôlant la perfection. 

À chaque sortie d'album, c'est la même chose. Difficile de ne pas couvrir Georgio d'éloges pour le travail réalisé. "Sacré", son quatrième album en 10 ans, a vu le jour au mois de mai, soit quelques trois grosses années après "XX5", nommé aux Victoires de la Musique en 2019. « "Sacré" a été fini en pleine période de pandémie, explique le rappeur des Lilas, mais j'étais déjà dessus depuis un moment sans savoir que ça allait être un nouvel album ».


Un album personnel 

Sur cette production Georgio ne s’éparpille pas et concentre ses textes sur des sujets qui lui sont chers :  l'amour, la liberté, le voyage, l'amitié. « On nous a privé de tout ça ces derniers temps et j'ai vraiment pris conscience à quel point c'était sacré » développe t-il. Ce n'est d'ailleurs pas une coïncidence si ce nouvel opus porte ce nom de « Sacré » et qu'il le qualifie de « personnel ». 

« Comment espérer un paradis, quand tu reviens des enfers?
Les mensonges créent les légendes, mais pas des hommes légendaires
J'ai comblé l'manque par l'excès, abusé du bon comme du mauvais
Non, le monde n'est pas injuste, il est juste comme on l'a fait » 

Georgio - "Danse

Ces thèmes sont le fil conducteur de ces 18 nouvelles chansons à l'atmosphère parfois lourde (mort, être disparu, rupture... ). « J'essaye d'être le plus proche possible de la réalité et on ne veut pas se mentir, le monde il est difficile » constate celui qui aura enchaîné les petits boulots plus jeune avant de se lancer à fond dans la musique. Pour autant, n'y voyez pas un album plombant. L’intéressé le dit lui-même : « je ne perds pas espoir. J'ai foi en nous et même dans mes morceaux les plus noirs il y a une porte de sortie » D'autres comme "Danse", "Plus peur de vivre" ou "Les laisser parler"  vont même tendre vers le lâcher prise ou la positivité.  Un contraste ou un équilibre qui donne un charme et une couleur à cet album.

Côté musique, un changement a été apporté à la précédente réalisation. « Je voulais quelque chose de plus analogique, commente Georgio. L'envie de retrouver de vraies guitares, de vraies basses, du piano... ». Et c'est chose faite. Le public lui a répondu présent en le propulsant dès sa sortie dans le top 3 des ventes

Le retour à la scène (presque) comme avant 

"Sacré", comme pour les autres albums, est lui aussi défendu sur scène. Ce retour sur les planches, Georgio l'a peaufiné dans le petit village de Luxey dans les Landes, aux portes de la Gironde. En résidence là-bas, il a perfectionné, avec ses équipes, les concerts de l'été. « On voulait être coupés de l'agitation de la vie parisienne » précise t-il. Son retour devant du public, Georgio l'a fait à la mi-juin pour Garorock Expérience, la version adaptée et virtuelle du festival phare de Marmande, où l'artiste a déjà eu l'occasion de jouer à deux reprises. « Garorock Experience c'était une expérience pour moi et c'était le premier concert de reprise même si c'était particulier. Il devait y avoir 80 dans la salle mais on a passé un super moment » se souvient t-il. 

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Dernièrement, c'est aux festivals Europavox et de Bourges que Georgio a pu montrer ses talents sur scène et surtout retrouver du public en nombre bien qu'assis. Et c'est à Pessac, aux Vibrations Urbaines, le 6 juillet dernier, que le jeune homme de 28 ans fait son premier concert avec du public debout depuis le début de la crise sanitaire. Dans le parc Razon, le chanteur / rappeur enchaîne les titres de son nouvel album mais aussi les plus anciens que le public connaît par cœur. Il offrira même ce soir là un inédit ou des impros rappées (dues à de légers soucis techniques) aux personnes présentes. Georgio s'est dit « heureux de retourner sur scène » et nous, nous étions bien heureux de le retrouver sur le devant de la scène. 

Une scène qu'il compte bien squatter encore longtemps. Ce samedi, Georgio est de retour aux Vieilles Charrues, le plus grand festival de France. Cinq autres festivals français (et un suisse) sont prévus durant l'été 2021 avant trois Bataclan les 30 novembre, 1 et 2 décembre. Et si monter une tournée s’avère aussi compliqué que de refuser un canelé pour le goûter, lui et sa bande comptent bien repartir à l'attaque des salles du pays pour défendre cet album sur scène. « Je vais tout faire pour faire une tournée dès cet automne ou en 2022. On est en train de mettre ça en place ». Nul doute que francilien sera de retour dans le Sud-Ouest pour l'occasion. 


Un album et... un livre 

En soi, Georgio a fait l'album qu'il a eu l'envie de faire. « J'ai kiffé chaque étape » dit-il d'ailleurs dans une vidéo de présentation où l'on se rend compte à quel point ce parcours de 10 ans de carrière a pu parfois être rude et semé d’embûches. Plonger dans une eau glacée pour une pochette d'album (qui finalement n'a pas été utilisée), des clips tournés dans la rue de façon "do it yourself", signer des centaines et des centaines d'albums à la main...  Voilà l'envers du décor.

 


« Sur les précédents albums j'ai pu avoir beaucoup de retard. C'était éprouvant, il y avait des remises en question, de longues journées... mais là j'ai voulu m'amuser et éviter de retrouver ces mauvaises sensations » dévoile celui qui a voulu prendre son temps pour faire naître "Sacré". 

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Et pour marquer le coup autour de ses 10 ans de carrière, Georgio a en parallèle sorti "Instants Sacrés", un livre de presque 200 pages où l'homme se raconte. « J'ai commencé hyper tôt le rap et j'avais plein de souvenirs à partager » narre t-il sans pour autant utiliser le terme de biographie. Photos inédites, anecdotes, invités, coups de cœur, références... sont au menu. Le shop, c'est par ici

[Jérôme Martin-Castéra – photo :  N'kruma]